Archive for the ‘Pour réfléchir’ Category

Le nuage bientôt plaqué Chrome?

Wednesday, September 10th, 2008

Une grosse nouvelle dans le monde du web m’attendait au retour de vacances, le lancement de Google Chrome. On en a parlé et on en parle toujours beaucoup et partout, et je ne reviendrai donc pas sur les détails de la bête, sauf pour en souligner la signification dans l’univers émergeant du Cloud Computing.

En effet, la plupart des analystes ne s’y sont pas trompés, il s’agit davantage pour Google d’un premier pas vers un nouveau genre de système d’exploitation destiné aux applications web que d’un simple fureteur. On le devine au langage utilisé pour le présenter, ou par certaines de ses caractéristiques, et de plus certain dirigeant de Google ne le cache pas, Chrome représente l’ébauche d’une future plateforme d’exploitation pour les applications web, qui résiderait dans les futurs ordinateurs des futurs et probablement nombreux utilisateurs du nuage.

Rappelons-nous que dans le monde du nuage, point n’est besoin du traditionnel système d’exploitation complet et complexe à la Leopard, Vista et cie. Un système d’exploitation solide, discret et surtout aux fonctions minimalistes (basé par exemple sur Linux), avec comme quasi unique application un fureteur/système d’exploitation internet, maintenant omnipotent et omniprésent, c’est tout ce dont l’usager a besoin sur son poste de travail pour profiter des bienfaits et inconvénients du nuage.

Autre détail significatif, le code source de Chrome sera disponible sous licence Open Source, une façon bien sûr de s’assurer la sympathie de la “free culture” et les ressources de la communauté Open Source, mais également un pied de nez aux concurrents plus “traditionnels” de Google.

Naturellement, plusieurs crient au loup de l’hégémonie et brandissent le spectre de Big Brother. Non seulement Google exerce depuis longtemps une domination outrageuse au coeur même du nuage avec son incontournable moteur de recherche, non seulement investit-il massivement dans l’infrastructure matérielle et dans les applications logicielles du nuage, mais il commerce maintenant à placer ses pions pour en contrôler le chaînon manquant, la porte d’entré des utilisateurs. Quoi qu’il en soit, Chrome représente un produit significatif dans la poussée “omnipotentielle” de Google.

Connaissant la réputation discutable de Google, et malgré que celui-ci fait des efforts louables, il y a certainement de bonnes raisons pour rester vigilants. D’autant plus que l’affaire Chrome avait bien mal commencé de ce côté-là. Bref, souhaitons dorénavant plus que jamais que Google s’en tienne à sa célèbre devise “Don’t be evil“.

Évidemment, j’ai essayé Chrome. Il est exceptionnellement rapide, simple et robuste, surtout pour une version bêta. Il n’y manque que des plug-in à la Firefox (dont je ne peux plus me passer) pour que la tentation de changer de fureteur devienne irrésistible. Et l’on peut compter sur la communauté Open Source pour que cela ne soit qu’une question de temps.

Pierre M

Laissez les anonymes tranquilles

Friday, August 8th, 2008

Il se déroule en ce moment dans la blogosphère québécoise un très bon débat sur le “problème” des commentaires indésirables dans les blogues.

Cela a commencé par la montée de lait de Patrick Lagacé, puis celle de Nelson Dumais, suivies de billets par plusieurs blogueurs connus et respectés, dont ceux de Mario Asselin et de Michael Carpentier que je trouve particulièrement intéressants.

Et naturellement, dans tout ce débat, les contributeurs anonymes en prennent pour leurs rhumes.

Le web est un organisme complexe dont les assises reposent sur la liberté. La liberté de communiquer bien sûr, puis la liberté d’écrire, de lire, d’écouter, d’échanger, de performer, de regarder, de créer, de revendiquer, et la liberté de copier et d’être copié.

Mais il y a aussi la liberté d’être ou de ne pas être.

Toute initiative allant à l’encontre de ces libertés, aussi insignifiante soit-elle, est condamnée, sinon à l’échec, à gaspiller à tout jamais une partie des ressources à combattre la tendance naturelle des choses et des êtres du web à exercer cette liberté.

Tout comme, par exemple, le droit d’auteur est une entrave à la liberté de diffusion d’une oeuvre, l’identité physique du créateur peut être une entrave à sa liberté d’expression. Ces notions vont à l’encontre de l’essence même du web, et l’on ne peut les imposer qu’au prix d’un effort constant et stérile.

Que l’on aime ou pas l’anonymat, il est beaucoup plus constructif de faire avec, et d’apprendre à l’apprivoiser. Et puis de toute façon, pour quoi faire la vraie identité?

La réputation de ma personne virtuelle est au moins aussi importante pour moi que celle de ma personne physique. Je ne prendrais pas plus le risque de détruire cette réputation par des commentaires “trolliens” que si mon identité physique était en jeu.

Au début, j’ai décidé d’être anonyme un peu sans raison, un peu par pudeur. Maintenant, je choisis d’être anonyme par conviction, parce que je revendique ce droit.

Pierre M

Les nouveaux seigneurs du web

Thursday, July 31st, 2008

Ça y est, la Chine occupe maintenant la première place mondiale pour son nombre d’internautes, dépassant finalement le pays des pères fondateurs du web, les États-Unis.

Ma première impression en lisant cette nouvelle a été le sentiment plutôt triste de passer à côté de quelque chose. Un sentiment de perte.

Martin Lessard, citant Geert Lovink, mentionnait les multiples îles du cyberespace en parlant de la fragmentation linguistique du web. Dans le cas de la Chine, on devrait plutôt parler d’un continent. Un continent d’idées, d’opinions et de créations de toutes sortes qui nous échappe presque totalement, littéralement enfermé derrière une muraille culturelle et linguistique. La grande muraille linguistique chinoise.

On parle de 72,2 millions de blogues en Chine, et 300 000 pages Web sont créées chaque mois dans la seule ville de Pékin. Cela en fait des choses qui s’écrivent, et qui nous sont inaccessibles. Extrêmement décevant.

Une idée comme ça, qui permettrait de lancer des ponts entre les différentes îles linguistiques du cyberespace : créer un site collaboratif de type wiki, permettant aux internautes de traduire et de mettre en ligne des textes, articles ou blogues de leurs choix. Tous ceux ayant la chance de maîtriser plus d’une langue pourraient contribuer en traduisant leurs textes favoris ou ceux qu’ils jugent importants, peu importe la raison. Bien sûr, toutes les combinaisons de langues seraient les bienvenues : chinois-français, anglais-italien, espagnol-chinois, etc. Les contributions étant wiki, celles-ci pourraient être éditées, corrigées, complétées et raffinées par tous, et les traductions s’amélioreraient donc avec le temps. Il pourrait même y avoir des forums de discussion pour les demandes de traduction spécifiques.

Cela permettrait bien sûr d’avoir accès à la traduction d’un certain nombre de textes étrangers, mais également d’effectuer naturellement une sélection parmi la mer de blogues et de textes disponibles. Si quelqu’un quelque part juge qu’un texte vaut l’effort d’être traduit, c’est probablement que celui-ci vaut la peine d’être découvert et lu par un plus grand nombre.

Avec une participation un tant soit peu significative, ce genre d’initiative pourrait connaître un grand succès sur la toile. Ce n’est pas nécessairement un truc pour faire des sous, mais cela contribuerait certainement à faire un monde meilleur.

Mais peut-être que ce genre de site existe déjà?

Pierre M

La longue traîne de l'amour

Thursday, July 24th, 2008

Dans la foulée de mon billet sur la longue traîne, je voudrais porter à votre attention deux excellents textes publiés récemment par deux maîtres à penser respectés du web.

Dans le premier, The Long Tail and the Dip, Seth Godin y discute de trois zones de profitabilité de la courbe de la longue traîne. Il s’agit des deux zones traditionnellement évoquées dans le concept, c.-à-d. la zone des best-sellers (la “tête” de la courbe) et celle de la queue (ou la traîne), plus une troisième situé entre les deux.

La subtilité principale amenée par Seth Godin est que, selon lui, chaque zone est en soi également une longue traîne. En d’autres mots, la longue traîne serait constituée d’une collection de courbes de longues traînes plus petites, avec chacune ses propres gagnants et perdants, sa dynamique et ses spécificités. Il ajoute qu’il ne faut surtout pas voir les deux zones de la queue comme des prix de consolation pour quelqu’un qui échoue à se positionner parmi les best-sellers. Les créateurs doivent adopter une stratégie adaptée à la zone visée et, en cas d’échec, il n’y a aucune garantie que la stratégie choisie ait davantage de succès dans une autre zone.

Le second texte, écrit par Kevin Kelly, fait directement référence au précédent. Bien que Kelly ne soit pas nécessairement d’accord avec l’aspect “fractal” avancé par Godin, l’interprétation qu’il fait de ces mêmes trois zones est digne d’intérêt. Notamment, d’après lui, seules les deux premières zones de la tête de la courbe peuvent être profitables aux créateurs. La zone de la queue ne peut l’être que pour des agrégateurs de contenu (iTune et Netflix par exemple). Il allègue que, si les deux premières zones peuvent être rentables pour les créateurs, la traîne elle-même (la dernière zone) est davantage une question de passion et de réseautage. Et il conclut avec un énoncé tout en poésie et en métaphores que pour le plaisir, je me permets de traduire ici :

« Je préfère penser que la longue queue (NDT : c.-à-d. la longue traîne) représente la queue d’un animal différent. Nous avons mal identifié l’être intangible auquel elle appartient. Ce n’est pas la longue queue de la bête du profit commercial. Plutôt, c’est la longue queue du dragon de l’amour. L’amour de la création, de la réalisation, du rapprochement, de la passion immodérée, ou du désir de faire la différence, ou de faire quelque chose d’important pour soi, pour l’amour de socialiser, de donner, d’apprendre, de créer et de partager. »

S’il est fort probable qu’une partie de la longue traîne ne pourra jamais être rentable pour les créateurs, il n’en demeure pas moins que ceux-ci ont beaucoup plus de chances de tirer leur épingle du jeu grâce au phénomène de la longue traîne que s’ils demeurent cantonnés dans les systèmes de distribution traditionnels.

La longue traîne représente à mon avis plus que jamais une lueur d’espoir pour tous les créateurs du web.

Pierre M

FLOSS n'est pas une marque de dentifrice

Monday, July 14th, 2008

FLOSS: Free/Libre/Open Source Software

En lisant ce très bon texte de Michael Tiemann, l’un des pionniers dans le domaine, j’ai réalisé que le logiciel libre était peut-être le seul espoir de voir un jour les logiciels atteindre un niveau de qualité comparable à celui des autres produits de consommation courants.

Les bogues logiciels font tellement partie de notre quotidien qu’on ne réalise presque plus à quel point la qualité générale des produits qui nous sont offerts est pitoyable. Dans toute autre industrie, une telle « non-qualité » serait plus que suffisante pour précipiter n’importe quel manufacturier vers la faillite. Et malgré tout, l’industrie du logiciel s’en tire relativement bien… jusqu’à présent.

Pourtant, l’industrie semble faire des efforts pour corriger le tir. Mais malgré toutes les promesses, version après version, la situation est loin de se corriger. À sa défense, et pour avoir beaucoup travaillé dans cette industrie, je peux témoigner qu’il est excessivement difficile de produire du logiciel de qualité. Le problème n’est pas que les concepteurs et programmeurs compétents manquent à l’appel, loin de là. Ce n’est pas non plus la faute des méthodes de conception ou des systèmes de contrôle de la qualité déficients, il en existe d’excellents qui sont amplement utilisés dans l’industrie. Et il y a certainement une volonté sincère des entreprises de s’améliorer, la plupart faisant des efforts louables en ce sens.

Contrairement à l’analyse qu’en fait Michael Tiemann, je crois que le problème réside surtout, et plus simplement, dans notre système économique même. Ce système qui oblige à une constante recherche du profit et de la rentabilité à court terme. Car faire de bons logiciels est très possible, mais cela exige de la discipline, de l’argent bien sûr, mais surtout du temps. Comme quelqu’un de très sage a un jour dit, faire un bébé prend neuf mois, peu importe combien de personnes tu assignes à la tâche. C’est un peu la même chose avec un logiciel. Malgré toute leur bonne volonté, et malgré la grande amélioration des méthodes et processus utilisés depuis quelques années, toutes les entreprises se heurtent tôt ou tard à cette implacable loi économique : mettre en marché au plus vite, ou bien crever. Si produire de bons logiciels prend du temps, se contenter d’en faire simplement des “satisfaisants” en prend beaucoup moins. Et c’est ce que se résignent à faire la plupart des acteurs de l’industrie.

C’est là l’autre partie du problème: le niveau de qualité actuellement considéré comme “satisfaisant” par le consommateur est dramatiquement bas. Par dépit, par fatalisme et surtout parce qu’on ne nous a jamais habitués à mieux. Et en ce domaine, le logiciel libre pourrait bien provoquer une petite révolution. Selon les chiffres cités par Tiemann, l’Open Source démontre une supériorité notable en ce qui a trait à la qualité des produits offerts, ce que confirme d’ailleurs la rumeur populaire. Et cela est sans compter le haut degré d’innovation dont ces logiciels font généralement preuve.

En prouvant aux consommateurs que concevoir des logiciels novateurs qui ne soient pas truffés de bogues n’est pas une utopie, l’Open Source provoque déjà un changement de mentalité. Et de plus en plus de consommateurs reconnaissent les vertus du logiciel libre, à preuve le succès énorme rencontré par Firefox, l’un des produits phares de cette culture.

Cette révolution n’annonce peut-être pas la mort de l’industrie traditionnelle, mais elle forcera probablement celle-ci à s’adapter aux nouvelles attentes de qualité et d’innovation que le logiciel libre est en voie de créer chez les consommateurs. Si ce n’est uniquement pour ça, je souhaite longue vie au FLOSS.

Malheureusement, celui-ci est confronté au même problème que celui vécu dans le reste de la culture du libre, soit l’absence d’un modèle économique viable et adapté au web. Tout comme pour la musique et la vidéo « libres », la communauté FLOSS devra, elle aussi, trouver sa raison d’être économique afin assurer sa viabilité à long terme. Et ne plus compter uniquement sur la générosité de ses membres.

Pierre M

La longue traîne : une utopie?

Friday, July 4th, 2008

Une étude publiée dans le Harvard Business Review remet en question la validité d’un concept cher aux optimistes de la nouvelle économie internet, dont je fais partie, la théorie de la longue traîne.

Mieux connu sous l’appellation « Long Tail », ce concept a été initialement énoncé par Chris Anderson dans un article de Wired (une traduction ici), puis popularisé par un livre à succès du même auteur. Cette théorie énonce que dans le marché internet, les produits dont la demande était traditionnellement trop faible pour intéresser les canaux de distribution classiques, vont collectivement représenter une part du marché égale ou supérieure à celle des best-sellers et autres blockbusters. Une opportunité pour tous les créateurs trop marginaux ou pas assez « tendance » au goût de l’industrie de connaître enfin un certain succès.

Selon l’étude réalisée par Anita Elberse, professeure au Harvard Business School, les promesses de la longue traîne ne se concrétiseraient tout simplement pas, et ce, malgré une diversification de l’offre sur internet. Tout au contraire, l’économie du « hit » serait même en croissance.

Les doutes sur cette théorie ne datent pas d’hier, mais de l’aveu même de Anderson, cette dernière étude est particulièrement solide. Bien sûr, celui-ci n’est pas d’accord avec les conclusions et il y répond sur son blogue, mais son argumentation n’est pas très convaincante. Le débat est quand même lancé.

À mon avis, le problème actuellement avec la longue traîne, c’est que celle-ci n’est pas nécessairement adaptée au paradigme économique traditionnel, toujours dominant sur le web. En d’autres mots, les concepts commerciaux des Amazon, iTunes et autres Netflix, souvent cités en exemple, sont encore et toujours basés sur une version web des magasins à rayon traditionnels, avec ses promotions, recommandations et mises en valeur des meilleurs succès.

Il ne faut pas oublier que le web est loin d’avoir trouvé sa propre niche économique, et que la très grande majorité de ce que l’on y retrouve est « donné », plus ou moins volontairement, par la communauté. Les promesses de la longue traîne ne se réaliseront vraiment que lorsqu’on aura trouvé « le » modèle économique qui récompensera un tant soit peu les contributeurs actuellement laissés pour compte. J’ai d’ailleurs ici déjà discuté de certaines pistes de solutions prometteuses qui pointent à l’horizon.

De plus, on ne balance pas tout d’un coup par la fenêtre 50 ans de consommation faite sous l’égide des dictats d’une industrie omnipotente, qui statuait pour nous de ce qui était bon ou beau. Nous, consommateurs, devons jusqu’à un certain point, réapprendre à décider par nous-mêmes. Et surtout, apprendre à explorer, à essayer, à expérimenter pour véritablement trouver chaussures à nos pieds. Et nous avons maintenant avec internet un outil extraordinaire à notre disposition pour ça.

Si j’étais vous, je ne lancerais pas trop vite la serviette en ce qui concerne la longue traîne.

Pierre M

Le consommateur nouveau

Wednesday, June 4th, 2008

Par hasard, je suis tombé sur ce site destiné à la vente de livres sur l’élaboration de sites webs à l’usage des débutants. Une seule page assez longue, mais bien faite. Texte simple, convaincant et accrocheur. Toutes les “facilités” pour passer à l’acte et acheter leurs produits. Donc à priori un bon site de vente, fait selon les règles de l’art.

Et pourtant, ma première impression du site fut négative. Sans vraiment savoir pourquoi, bien loin de m’inciter à l’acheter, j’ai éprouvé une antipathie spontanée pour le produit, même si je pouvais en avoir un réel besoin.

La raison m’a sauté par la suite aux yeux. Mon « problème » avec ce site c’est que celui-ci n’est rien d’autre qu’un recyclage internet des bons vieux info-commerciaux qui polluent malheureusement toujours nos ondes télévisuelles.

Phrases “catchy”, témoignages convaincants, textes amicaux et invitants, descriptions accrocheuses, offre “super” spéciale, bref les mêmes tactiques que celles utilisées par Oncle Tom, mais en beaucoup moins divertissant.

Que ce soit à la télévision ou sur internet, la « bullshit » de vendeur, ça ne m’intéresse plus du tout. Et sur le web, cela me fait même fuir à toutes jambes à grands coups de clics précipités. Et je ne crois pas être un cas unique parmi la population, bien au contraire.

Je ne suis pas un spécialiste en marketing, mais j’ai l’impression que cette forme de promotion, bien qu’ayant dominé la plus grande partie de notre ère de consommation, est désuète et de moins en moins efficace. D’ailleurs, le fait que les Têtes à claques aient pu en faire une parodie si efficace nous en dit beaucoup sur sa crédibilité.

Mais dans le contexte du web, cela m’apparaît totalement anachronique.

Ce n’est pas que le consommateur internet soit différent des autres, malgré que certaines catégories sociales y soient probablement surreprésentées. C’est que le web nous a habitués à autre chose. Surtout, il nous démontre à profusion que l’on peut faire beaucoup mieux.

Ce que le consommateur recherche de plus en plus, ce sont les « vraies affaires ». On veut nous vendre un livre? Pourquoi ne pas en mettre au moins une partie en ligne? Si le livre est si bon que cela, les gens vont acheter. Des témoignages? Qu’on donne aux vrais consommateurs le moyen de laisser des commentaires sur le produit! S’il est si bon que cela, il n’y a rien à craindre, non? Et attention si ces commentaires sont tous trop positifs, il y a anguille sous roche.

Avec le web, ce ne sont pas les moyens de promotion qui manquent. L’imagination est maintenant la seule limite. Et se cantonner à de telles approches d’une autre époque démontre surtout le manque d’imagination des concepteurs et peut-être également celui des créateurs du produit.

De plus, ça me donne toujours l’impression qu’on me prend pour un imbécile quelqu’un d’un peu crédule. Pas vous?

Pierre M

L'empire contre-attaque

Saturday, May 31st, 2008

Ceux qui suivent un tant soit peu l’actualité techno ont certainement entendu parler de la saga entourant la tentative d’achat de Yahoo par Microsoft. Après moult péripéties, Microsoft a finalement abandonné l’idée, bien que des discussions soient apparemment toujours en cours.

Ce qui relance de plus belle les rumeurs récurrentes que Microsoft aurait des vues sur plusieurs autres “petits” joueurs de l’économie du Web2.0. Il faut comprendre que Microsoft est plus ou moins désespéré à trouver le moyen de rattraper Google dans la course à la domination du web. Suite à son échec avec Yahoo, et après avoir connu un succès très mitigé avec ses propres initiatives internes (Live Search Books en est le dernier exemple), plusieurs analystes croient que Microsoft n’a d’autre choix pour assurer sa croissance sur le web que d’acheter les plus prometteurs des plus petits joueurs de l’industrie. Les rumeurs les plus sérieuses concernent actuellement Facebook, mais Digg revient également souvent dans l’actualité.

Tout ça au grand désespoir de bien des utilisateurs pour qui Microsoft représente, à tort ou à raison, l’empire du mal de l’industrie technologique.

Mais toutes les analyses savantes omettent à mon avis de tenir compte du pouvoir émergent de l’économie du web2.0, le pouvoir des communautés d’utilisateurs. Ce pouvoir qui par exemple a récemment forcé Facebook à reculer avec son controversé système publicitaire Beacon. Les usagers font preuve de plus en plus d’activisme dans les affaires de leurs communautés, une tendance qui n’est pas près de s’inverser.

D’ailleurs, l’une des communautés les plus revendicatrices, et qui pourrait bien être précurseur de ce qui est à venir, est celle des utilisateurs du site Digg. C’est peut-être la première communauté d’utilisateurs à avoir mis en scène une révolte populaire en ligne. En mai 2007, après que de petits malins aient réussi à percer le secret de l’encryptage du HD DVD et du Blu-ray supposément inviolable, la clé de décryptage s’est retrouvée en première page de Digg. Appréhendant de possibles poursuites judiciaires, les gestionnaires ont décidé de supprimer tout message contenant le code, suscitant une forte réaction d’indignation dans sa communauté. Celle-ci a réagi en submergeant le site de messages contenant le code et ce, jusqu’à ce que les administrateurs se plient à leur volonté, au risque de voir Digg fermer boutique.

Et la dernière rumeur de la vente de Digg à Microsoft a également déclenché une importante vague de commentaires hostiles. Pour ce qui est de Facebook, j’ai dénombré plus de 40 groupes opposés à une prise de contrôle par Microsoft. Cela n’empêchera peut-être pas les actionnaires de vouloir vendre, mais ce genre de réaction des utilisateurs devrait certainement faire réfléchir les acheteurs potentiels, surtout s’ils sont impopulaires. Après tout, un site web2.0 ne vaut pas grand-chose sans sa communauté.

Tous les joueurs du web dont le succès dépend un tant soit peu de la participation des internautes doivent réaliser qu’ils comptent désormais un nouveau membre dans leur conseil d’administration, et dans certains cas, un membre ayant une influence prépondérante sur leurs destinées. Ils se doivent d’en tenir compte dans les décisions corporatives.

Si j’étais à la place de Microsoft, je considèrerais sérieusement l’opinion des usagers avant de lâcher tous ces millions.

Pierre M.

Musiciens de la nouvelle économie recherchés

Tuesday, May 6th, 2008

Tous les créateurs qui recherchent désespérément “le” modèle d’affaires qui leur permettrait finalement de gagner décemment leurs vies avec le web devraient jeter un coup d’oeil aux discussions en cours sur le blogue The Technium. Le concept des “1000 True Fans” avancé par Kevin Kelly pourrait bien être l’eldorado tant recherché de l’économie internet. À tout le moins, c’est une très bonne piste.

En fait, c’est de 2 concepts distincts et complémentaires dont il est question.

Dans Better Than Free, un billet qui a eu un beaucoup d’écho sur la toile, Kelly énumère 8 valeurs “génératives” qui permettraient aux fournisseurs de contenus de faire de l’argent avec internet. La prémisse ici, c’est qu’internet est une gigantesque machine à “copier”, et qu’on ne peut donc plus faire de l’argent simplement en vendant des “copies”. C’est le problème auquel font faces tous les webtv, blogues, musiciens et autres créateurs du monde web.

Les copies étant gratuites, avec quoi peut-on maintenant faire de l’argent? Simplement en vendant des choses qui ne se copient pas.

Si vous voulez plus de détails sur ces 8 valeurs, je vous suggère de lire le billet (il y a une traduction en français ici), mais ils sont par exemple, la personnalisation, l’immédiateté (même si la copie est gratuite, l’avoir avant tout le monde peut certainement avoir une valeur), le patronage (paiement fait de façon volontaire), la “trouvabilité” (à quoi sert quelque chose de gratuit si l’on ne peut la retrouver dans l’immensité de la toile), etc.

Le concept des 1000 vrais fans, lui, énonce que pour vivre de son art, il n’est plus nécessaire de viser le méga succès suivi des traditionnels contrat, promotion et célébrité, tel qu’il est pratiquement la norme dans l’industrie. Plus facilement, on peut arriver à vivre de ses oeuvres en développant et “cultivant” un réseau composé d’un nombre limité de véritables admirateurs, prêts à acheter à peu près tout ce que l’on a à offrir, toujours selon les 8 valeurs génératives mentionnées précédemment. Le nombre de 1000 est davantage un ordre de grandeur qu’une valeur absolue. Pour certains, le nombre de vrais fans requis peut être de 10 000, pour d’autre 100. Chacun est un cas particulier.

On s’en doute, et on le voit dans les commentaires, plusieurs ont des doutes sur la viabilité d’un tel modèle. De plus, une recherche dans le domaine de la musique n’aurait déniché aucun musicien qui réussit à vivre uniquement de cette façon.

Pour démontrer le concept, Kevin Kelly lance donc un appel afin de trouver des musiciens qui répondraient aux conditions suivantes: pas de liens présents ou passés avec l’industrie musicale traditionnelle, et vivant à 100% de son oeuvre dans un environnement “open media” ou “free culture“. Il affirme que s’il n’en trouve aucun, il rendra les armes.

À tort à mon avis.

Ce modèle économique n’est possible que grâce à internet. La source même de son existence découle de l’essence du web: la communication. Il est donc tout à fait normal qu’une des clés essentielles à son succès réside dans la qualité du lien entre les fans et l’artiste. Cela est d’ailleurs souvent mentionné par les lecteurs de Kevin Kelly pour expliquer les échecs: la difficulté de l’artiste à établir une communication adéquate avec ses fans, soit par manque de temps, par manque de compétences, ou simplement par manque d’intérêt.

Ce sont les artistes qui maîtriseront les compétences requises en cette ère de communication totale qui pourront bien réussir à vivre de ce modèle. Entre autres, ils doivent avoir le “blogging”, le “chatting”, le “twittering, le “facebooking” et autres compétences de “social networking” littéralement dans le sang. Les créateurs doivent avoir les automatismes et le désir de communiquer avec leurs fans efficacement et sans douleur, et surtout avoir du plaisir à le faire. Après tout, la création est elle-même une forme de communication.

Si vous jetez un coup d’oeil aux pages personnelles de jeunes adultes, il est évident que cette génération sera beaucoup mieux équipée pour réussir dans ce nouveau paradigme (malgré les problèmes d’orthographe 😉 ). Ils sont nés avec l’outil et sont beaucoup plus à l’aise pour l’utiliser que les générations précédentes. Et ils assument aussi probablement davantage leur exhibitionnisme latent.

Je crois que le concept de 1000 True Fans représente un modèle d’affaires très prometteur pour l’avenir de la création sur internet. Même s’il s’avère difficilement réalisable pour l’instant, ce qui reste à démontrer, je demeure convaincu que ce n’est pas la fin de l’histoire.

Pierre M

Des yeux pour l'opinion publique

Tuesday, April 29th, 2008

On a énormément parlé dans les médias et la blogosphère montréalaise des évènements déplorables qui ont suivi la victoire du Canadien en 1ere ronde des séries.

Ce qui a également beaucoup retenu l’attention, c’est la couverture “youtoubesque” de l’évènement. En effet, un très grand nombre de vidéos ont été captées et mises en ligne par les gens présents. «Dès qu’il y avait de l’action, tout le monde sortait son cellulaire pour filmer» raconte un participant.

Ce que les médias ont surtout retenu de ce nouveau phénomène c’est l’aide que cela va apporter au travail des policiers. D’autant plus que de nombreuses personnes ont choisi de leur remettre directement les preuves filmées. Il y en a même pour crier à la délation.

Mais si les autorités ici semblent se réjouir du phénomène, probablement que cela les rend également passablement plus nerveux. Leurs moindres faits et gestes un tant soit peu controversés risquent eux aussi de se retrouver sur la place publique. Et cette fois, le risque ne provient plus uniquement d’une institution journalistique en général plus facilement “gérable”.

Les bavures seront infiniment plus difficiles à cacher en cette ère de communication totale. L’opinion publique a les yeux de plus en plus perçants.

Je crois bien vous avoir déjà parlé du 5e pouvoir, n’est-ce pas?

Pierre M